Dans cet article, je vous livre un extrait d'une de mes récentes lectures (avril-mai 2008) de l'ouvrage de Simone de
Beauvoir sur la femme : Le deuxième sexe .
Les derniers passages sur le rôle de la parure m'ont fait penser à mes créations.
" L'homme retrouve sur la femme les étoiles brillantes et la lune rêveuse, la lumière du soleil, l'ombre des grottes; et, en retour, les fleurs sauvages des buissons, la rose orgueilleuse des jardins sont des femmes.
Nymphes, dryades, sirènes, ondines, fées hantent les campagnes, les bois, les lacs, les mers, les landes. Rien de plus ancré au coeur des hommes que cet animisme.
Pour le marin, la mer est une femme dangereuse, perfide, difficile à conquérir, mais qu'il chérit à travers son effort pour la dompter. [...] L'homme attend de la possession de la femme autre chose que l'assouvissement d'un instinct ; elle est l'objet privilégié à travers lequel il asservit la Nature.
L'idéal de la beauté féminine est variable ; mais certaines exigences demeurent constantes ; entre autres, puisque la femme est destinée à être possédée, il faut que son corps offre les qualités inertes et passives d'un objet. [...]
Les coutumes, les modes se sont souvent
appliquées à couper le corps féminin de sa transcendance : la Chinoise aux pieds bandés peut à peine marcher, les griffes vernies de la star d'Hollywood la privent de ses mains, les hauts talons,
les corsets, les paniers, les vertagadins, les crinolines étaient destinés moins à accentuer la cambrure du corps féminin qu'à en augmenter l'impotence. Alourdi de graisse, ou au contraire si
diaphane que tout effort lui est interdit, paralysé par des vêtements incommodes et par les rites de bienséance, c'est alors qu'il apparaît à l'homme comme sa chose.
Le maquillage, les bijoux servent aussi à cette pétrification du corps et du visage. La fonction de la parure est très complexe ; elle a chez certains primitifs un caractère sacré ; mais son rôle le plus habituel est d'achever la métamorphose de la femme en idole. Idole équivoque : l'homme la veut charnelle, sa beauté participera à celle des fleurs et des fruits ; mais elle doit aussi être lisse, dure, éternelle comme un caillou.
Le rôle de la parure est à la fois de la faire participer plus intimement à la nature et de l'en arracher, c'est de prêter à la vie palpitante la nécessité figée de l'artifice.
La femme se fait plante, panthère, diamant, nacre, en mêlant à son corps des fleurs, des fourrures, des pierreries, des coquillages, des plumes ; elle se parfume afin d'exhaler un arôme comme la rose et le lis : mais plumes, soies, perles et parfums servent aussi à dérober la crudité animale de sa chair et de son odeur.
Elle peint sa bouche, ses joues pour leur donner la solidité immobile d'un masque ; son regard, elle l'emprisonne dans l'épaisseur du khôl et du mascara, il n'est plus que l'ornement chatoyant de ses yeux ; nattés, bouclés, sculptés, ses cheveux perdent leur inquiétant mystère végétal.
Dans la femme parée, la Nature est présente, mais captive, modelée par une volonté humaine selon le désir de l'homme. Une femme est d'autant plus désirable que la nature y est davantage épanouie et plus rigoureusement asservie : c'est la femme "sophistiquée" qui a toujours été l'objet érotique idéal. Et le goût pour une beauté plus naturelle n'est souvent qu'une forme spécieuse de sophistication. "
Sur ce, je vous laisse à vos pensées...
Les derniers passages sur le rôle de la parure m'ont fait penser à mes créations.
" L'homme retrouve sur la femme les étoiles brillantes et la lune rêveuse, la lumière du soleil, l'ombre des grottes; et, en retour, les fleurs sauvages des buissons, la rose orgueilleuse des jardins sont des femmes.
Nymphes, dryades, sirènes, ondines, fées hantent les campagnes, les bois, les lacs, les mers, les landes. Rien de plus ancré au coeur des hommes que cet animisme.
Pour le marin, la mer est une femme dangereuse, perfide, difficile à conquérir, mais qu'il chérit à travers son effort pour la dompter. [...] L'homme attend de la possession de la femme autre chose que l'assouvissement d'un instinct ; elle est l'objet privilégié à travers lequel il asservit la Nature.
L'idéal de la beauté féminine est variable ; mais certaines exigences demeurent constantes ; entre autres, puisque la femme est destinée à être possédée, il faut que son corps offre les qualités inertes et passives d'un objet. [...]
Les coutumes, les modes se sont souvent
appliquées à couper le corps féminin de sa transcendance : la Chinoise aux pieds bandés peut à peine marcher, les griffes vernies de la star d'Hollywood la privent de ses mains, les hauts talons,
les corsets, les paniers, les vertagadins, les crinolines étaient destinés moins à accentuer la cambrure du corps féminin qu'à en augmenter l'impotence. Alourdi de graisse, ou au contraire si
diaphane que tout effort lui est interdit, paralysé par des vêtements incommodes et par les rites de bienséance, c'est alors qu'il apparaît à l'homme comme sa chose.Le maquillage, les bijoux servent aussi à cette pétrification du corps et du visage. La fonction de la parure est très complexe ; elle a chez certains primitifs un caractère sacré ; mais son rôle le plus habituel est d'achever la métamorphose de la femme en idole. Idole équivoque : l'homme la veut charnelle, sa beauté participera à celle des fleurs et des fruits ; mais elle doit aussi être lisse, dure, éternelle comme un caillou.
Le rôle de la parure est à la fois de la faire participer plus intimement à la nature et de l'en arracher, c'est de prêter à la vie palpitante la nécessité figée de l'artifice.
La femme se fait plante, panthère, diamant, nacre, en mêlant à son corps des fleurs, des fourrures, des pierreries, des coquillages, des plumes ; elle se parfume afin d'exhaler un arôme comme la rose et le lis : mais plumes, soies, perles et parfums servent aussi à dérober la crudité animale de sa chair et de son odeur.
Elle peint sa bouche, ses joues pour leur donner la solidité immobile d'un masque ; son regard, elle l'emprisonne dans l'épaisseur du khôl et du mascara, il n'est plus que l'ornement chatoyant de ses yeux ; nattés, bouclés, sculptés, ses cheveux perdent leur inquiétant mystère végétal.
Dans la femme parée, la Nature est présente, mais captive, modelée par une volonté humaine selon le désir de l'homme. Une femme est d'autant plus désirable que la nature y est davantage épanouie et plus rigoureusement asservie : c'est la femme "sophistiquée" qui a toujours été l'objet érotique idéal. Et le goût pour une beauté plus naturelle n'est souvent qu'une forme spécieuse de sophistication. "
Sur ce, je vous laisse à vos pensées...
par Marlène
publié dans :
Réflexions et expos
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Dimanche 25 mai 2008



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